L'art de la consigne : le « prompt » démystifié
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Souviens-toi des énoncés de problèmes de maths. Quand l’énoncé était bien écrit — « Un train part de Rennes à 9 h à 120 km/h… » — tout le monde savait quoi faire. Mais quand l’énoncé était flou, c’était la catastrophe : la moitié de la classe répondait à une question, l’autre moitié à une autre, et tout le monde était persuadé d’avoir bon.
Un « prompt », malgré son petit nom mystérieux, c’est exactement ça : l’énoncé du problème que tu poses à ton agent. Et la règle est la même qu’en classe : énoncé flou, copie hors sujet. Pas parce que l’élève est mauvais — parce que l’énoncé était mauvais.
La bonne nouvelle : écrire un bon énoncé, ça s’apprend. Voyons trois consignes ratées, et comment les réparer.
Consigne ratée n°1 : « Fais-moi un site »
C’est l’équivalent de « faites une rédaction » sans donner ni le sujet, ni la longueur, ni le destinataire. L’agent va produire quelque chose — probablement un site générique, avec du faux texte, dans un style au hasard. Il n’est pas devin : tu ne lui as rien donné à deviner.
La réparation : donne le contexte, le but et le destinataire.
« Fais-moi un site vitrine pour mon activité de plombier à Nantes. Une seule page, sobre, avec mes horaires, mes tarifs de dépannage et un formulaire de contact. Les visiteurs sont des particuliers pressés qui ont une fuite. »
Regarde ce qui a changé : l’agent sait maintenant pour qui il écrit (des gens pressés avec une fuite), pourquoi (qu’ils appellent), et quoi exactement (une page, trois infos). Comme un énoncé de maths : on sait d’où part le train et où il va.
Consigne ratée n°2 : « Améliore ce texte »
Améliorer dans quel sens ? Plus court ? Plus soutenu ? Plus drôle ? C’est le prof qui écrirait « peut mieux faire » en marge sans dire quoi. L’agent va choisir une direction au hasard — et tu vas répondre « non, pas comme ça », trois fois de suite, en t’agaçant.
La réparation : donne la direction et les limites — les contraintes.
« Raccourcis ce texte à 150 mots maximum, garde le ton amical, mais supprime les répétitions et les formules de politesse en trop. Ne touche pas au dernier paragraphe, il est parfait. »
Les contraintes ne brident pas l’agent : elles le guident. « Ne touche pas au dernier paragraphe » vaut de l’or — dire ce qu’il ne faut PAS faire est aussi utile que dire quoi faire. C’est le cadre de la feuille : sans marges, on écrit n’importe où.
Consigne ratée n°3 : « Range mes fichiers »
Celle-ci a l’air précise… mais réfléchis : ranger comment ? Par date ? Par type ? Et à quoi ressemble une mission réussie ? Sans critère de réussite, l’agent décidera seul — et son idée du rangement n’est peut-être pas la tienne. C’est le contrôle dont personne ne connaît le barème.
La réparation : donne le barème — les critères de réussite.
« Range mon dossier Téléchargements : les factures en PDF dans un dossier Factures, les photos dans Photos triées par année, et liste-moi dans un petit fichier tout ce que tu n’as pas su classer. C’est réussi si le dossier Téléchargements est vide et que rien n’a été supprimé. »
La dernière phrase est la plus importante de tout cet article. « C’est réussi si… » : tu viens de donner à l’agent le moyen de se corriger lui-même. Rappelle-toi sa boucle de travail (lire l’énoncé → travailler → se relire → rendre) : à l’étape « se relire », il compare sa copie à ton barème. Pas de barème, pas de relecture utile.
La méthode : C-C-C, comme un bon énoncé
Trois consignes réparées, trois ingrédients à chaque fois. Ça se retient comme une leçon :
- Contexte — qui tu es, pour qui c’est, pourquoi tu le veux. (Le train part d’où ?)
- Contraintes — la longueur, le ton, ce qu’il ne faut pas toucher. (Les marges de la feuille.)
- Critères — à quoi ressemble une mission réussie. (Le barème du contrôle.)
À retenir : un prompt n’est pas une formule magique, c’est un énoncé de problème. Contexte, Contraintes, Critères — si ta consigne contient les trois, tu es déjà meilleur que la majorité des utilisateurs d’IA.
Deux fausses croyances à jeter au panier
« Il faut des prompts de 40 lignes. » Non. Un énoncé de maths tient en cinq phrases. Ce qui compte, c’est qu’il ne manque rien d’essentiel — pas qu’il soit long. Commence court, et complète quand l’agent te montre qu’il lui manque quelque chose.
« Il existe des mots magiques. » Non plus. Il n’y a pas d’abracadabra qui rend l’IA géniale. Il y a des énoncés clairs et des énoncés flous, exactement comme il y a des bons et des mauvais sujets de devoir. Le pouvoir n’est pas dans le vocabulaire, il est dans la précision.
À toi de jouer
Un exercice pour finir, comme à la fin d’une leçon : prends la dernière demande que tu as faite à une IA, n’importe laquelle. Relis-la avec la grille C-C-C : y avait-il le contexte ? les contraintes ? les critères de réussite ?
Si tu as répondu « non » trois fois, tu sais désormais pourquoi la réponse t’avait déçu. Et au prochain article, on passe à la pratique pour de vrai : ta première mission déléguée, pas-à-pas, chrono en main.