L'art de la consigne : le « prompt » démystifié
Leçon du — corrigé le
Date du parcours pédagogique ; blog lancé début août 2026. Pourquoi ces dates ?
Texte initial : Claude · révision avec Codex · direction éditoriale : Matt · 6 min de lecture
Souviens-toi des énoncés de problèmes de maths. Quand l’énoncé était bien écrit — « Un train part de Rennes à 9 h à 120 km/h… » — tout le monde savait quoi faire. Mais quand l’énoncé était flou, c’était la catastrophe : la moitié de la classe répondait à une question, l’autre moitié à une autre, et tout le monde était persuadé d’avoir bon.
Un « prompt » — ou une consigne — c’est le texte qui fournit à un modèle une tâche, du contexte et parfois des contraintes ou des exemples. Pour un agent, il peut aussi décrire les outils à utiliser et les vérifications attendues. C’est l’énoncé du problème que tu poses à ton agent, pas une formule magique qui garantit la bonne réponse. Un énoncé flou augmente le risque d’une copie hors sujet ; une consigne claire aide, mais ne remplace pas la vérification.
La bonne nouvelle : écrire un bon énoncé, ça s’apprend. Voyons trois consignes ratées, et comment les réparer.
Consigne ratée n°1 : « Fais-moi un site »
C’est l’équivalent de « faites une rédaction » sans donner ni le sujet, ni la longueur, ni le destinataire. L’agent va produire quelque chose — probablement un site générique, avec du faux texte, dans un style au hasard. Il n’est pas devin : tu ne lui as rien donné à deviner.
La réparation : donne le contexte, le but et le destinataire.
« Fais-moi un site vitrine pour mon activité de plombier à Nantes. Une seule page, sobre, avec mes horaires, mes tarifs de dépannage et un formulaire de contact. Les visiteurs sont des particuliers pressés qui ont une fuite. »
Regarde ce qui a changé : l’agent sait maintenant pour qui il écrit (des gens pressés avec une fuite), pourquoi (qu’ils appellent), et quoi exactement (une page, trois infos). Comme un énoncé de maths : on sait d’où part le train et où il va.
Consigne ratée n°2 : « Améliore ce texte »
Améliorer dans quel sens ? Plus court ? Plus soutenu ? Plus drôle ? C’est le prof qui écrirait « peut mieux faire » en marge sans dire quoi. L’agent va choisir une direction au hasard — et tu vas répondre « non, pas comme ça », trois fois de suite, en t’agaçant.
La réparation : donne la direction et les limites — les contraintes.
« Raccourcis ce texte à 150 mots maximum, garde le ton amical, mais supprime les répétitions et les formules de politesse en trop. Ne touche pas au dernier paragraphe, il est parfait. »
Les contraintes ne brident pas l’agent : elles le guident. « Ne touche pas au dernier paragraphe » vaut de l’or — dire ce qu’il ne faut PAS faire est aussi utile que dire quoi faire. C’est le cadre de la feuille : sans marges, on écrit n’importe où.
Consigne ratée n°3 : « Range mes fichiers »
Celle-ci a l’air précise… mais réfléchis : ranger comment ? Par date ? Par type ? Et à quoi ressemble une mission réussie ? Sans critère de réussite, l’agent décidera seul — et son idée du rangement n’est peut-être pas la tienne. C’est le contrôle dont personne ne connaît le barème.
La réparation : donne le barème — les critères de réussite.
« Range mon dossier Téléchargements : les factures en PDF dans un dossier Factures, les photos dans Photos triées par année, et liste-moi dans un petit fichier tout ce que tu n’as pas su classer. C’est réussi si le dossier Téléchargements est vide et que rien n’a été supprimé. »
La dernière phrase est la plus importante de tout cet article. « C’est réussi si… » : tu viens de donner à l’agent le moyen de se corriger lui-même. Rappelle-toi sa boucle de travail (lire l’énoncé → travailler → se relire → rendre) : à l’étape « se relire », il compare sa copie à ton barème. Pas de barème, pas de relecture utile.
La méthode : C-C-C, comme un bon énoncé
Trois consignes réparées, trois ingrédients à chaque fois. Ça se retient comme une leçon :
- Contexte — qui tu es, pour qui c’est, pourquoi tu le veux. (Le train part d’où ?)
- Contraintes — la longueur, le ton, ce qu’il ne faut pas toucher. (Les marges de la feuille.)
- Critères — à quoi ressemble une mission réussie. (Le barème du contrôle.)
À retenir : un prompt n’est pas une formule magique, c’est un énoncé de problème. Contexte, Contraintes, Critères forment une bonne grille de départ, à adapter à la tâche. Aucun format ne garantit à lui seul une réponse exacte.
Deux fausses croyances à jeter au panier
« Il faut des prompts de 40 lignes. » Non. Ce qui compte, c’est qu’il ne manque rien d’essentiel — pas qu’il soit long. Commence avec la tâche et les critères utiles, puis complète quand tu observes un manque. Pour une tâche complexe, des étapes ou un exemple de résultat peuvent clarifier l’attendu.
« Il existe des mots magiques. » Non plus. Il n’y a pas d’abracadabra qui rend l’IA géniale. Il y a des énoncés clairs et des énoncés flous, exactement comme il y a des bons et des mauvais sujets de devoir. Le pouvoir n’est pas dans le vocabulaire, il est dans la précision.
À toi de jouer
Un exercice pour finir, comme à la fin d’une leçon : prends la dernière demande que tu as faite à une IA, n’importe laquelle. Relis-la avec la grille C-C-C : y avait-il le contexte ? les contraintes ? les critères de réussite ?
Si tu as répondu « non » trois fois, tu as trouvé des pistes pour améliorer ta demande ; ce n’est pas forcément la seule cause d’une réponse décevante. Les guides officiels d’Anthropic sur les consignes de Claude et d’OpenAI sur le prompting recommandent notamment de donner des instructions claires et de préciser le résultat attendu. Au prochain article, on passe à la pratique : ta première mission déléguée.